Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
17 novembre 2011 4 17 /11 /novembre /2011 22:46
Nous avons déjà publié la semaine dernière la première partie de l'interview avec M.Mezri Haddad, à partir des trois premières photos: avec Rached Ghannouchi, Moncef Marzouki et Mustapha Ben Jaffar. Voici la suite de cette interview dont la première partie a eu un large succès.


Question 4:
Photo N 4, Mezri Haddad avec Tarek Aziz. C'était où, à 
quelle époque et quelles ont été vos relations avec lui?


T.aziz.JPG

Mezri Haddad: C'était à Bagdad, en 1996 ou 1997. J'y allais tous les six mois. J'étais membre permanent du "Comité pour la levée de l'embargo" que présidait Tarek Aziz. Dès 1991, 
j'étais très engagé dans la défense de la cause irakienne.C'est d'ailleurs peut-être l'une des raisons de mon exclusion du CNLT ! Je suis devenu très ami avec Tarek Aziz que je voyais aussi à chacun de ses passages à Paris. J'ai connu toute sa famille et j'ai des lettres de lui que je publierai plus tard et qui révèlent, de façon prophétique, ce qui devait arriver à l'Irak et même au monde arabe aujourd'hui. Après l'invasion et l'occupation de l'Irak par les Yankees, la presse internationale a publié la liste des arabes, des français, des anglais, des russes...qui soutenaient l'Irak contre argent et en profitant du programme "nourriture contre pétrole". Beaucoup d'argent parti dans les poches de certains défenseurs de la cause arabe dont un sénateur britannique qui est aujourd'hui un fervent défenseur du "printemps arabe" ! Je suis l'un des rares à ne pas figurer sur cette liste! C'est l'une des raisons pour lesquelles Tarek Aziz me considérait comme l'un de ses propres enfants.

C'est l'un des rares avec lequel je pouvais m'entendre à Bagdad, et avec qui je pouvais parler en toute sécurité en en toute confiance. C'est un homme d'une grande culture, d'une rare intelligence, qui aurait pu sauver l'Irak de la colonisation anglo-américaine et du chaos dans lequel ce pays se trouve aujourd'hui. C'est par la destruction et le morcellement de l'Irak que le "printemps arabe" a réellement commencé. Mises à part les causes objectivesdes soulèvements arabes qui sont légitimes, ce qui se passe aujourd'hui est l'application du Grand-Moyen Orient, un projet néoconservateur intégralement repris par le "démocrate" Obama.

Question 5:
Photo 5, on vous voit avec le grand poète palestinien Mahmoud Darwich. 
C'était où, à quelle époque et quelles ont été vos relations avec lui ?

 

darwich

Mezri Haddad: C'était à Amman, chez lui, en 1998. Mais j'avais fait sa connaissance à Paris, au début des années 1990. J'étais alors étudiant en philosophie à la Sorbonne,où il avait donné une remarquable conférence sur la "poésie arabe contemporaine et la résistance", organisée par mon professeur d'histoire, le regretté Dominique Chevallier, puisque je faisais en parallèle avec mes recherches doctorales en philosophie, des études en histoire du monde arabe. Mahmoud était comme vous le savez le prince de la poésie arabe et même universelle contemporaine. C'était un homme qui aimait la vie et qui souffrait beaucoup pour son peuple, sans jamais le moindre sentiment antisémite. C'était un humaniste et un bon épicurien. Il fumait beaucoup et pouvait vider une bouteille de Wisky sans perdre sa lucidité. 

Contrairement à ce qu'on a pu dire ou écrire sur lui, Mahmoud n'était pas un athée. Il croyait en une force transcendantale, une force du Bien à l'origine du mystère du monde.

C'est grâce à lui que j'ai fait la connaissance de plusieurs dirigeants de l'OLP. A la naissance de ma première fille, il m'a offert une très belle poésie sur elle. En tant qu'ambassadeur à l'UNESCO, j'étais à l'inauguration de la place qui lui a été dédié à Paris, en présence de Mahmoud Abbas et Bertrand Delanoë. 
Une journée mémorable et émouvante. J'ai laissé discourir ceux qui l'avaient à peine connu !

Question 6:
Photo 6, on vous voit avec Danièle Mitterrand qui vient justement de 
disparaitre. C'était où, à quelle époque et quelles ont été vos 
relations avec elle ?

mitterrand

Mezri Haddad: Je crois que c'était en 1993. Vous avez la date sur le blog, je crois ? Je me rendais régulièrement à la "Fondation France Liberté"pour sensibiliser Danièle Mitterrand sur les conditions de vie de mes amis Moncef et Mustapha ainsi que sur la chasse aux islamistes en Tunisie. A la longue, des relations de confiance et d'amitié se sont établies avec cette dame au grand cœur.

C'est à elle que je dois mon statut de réfugié politique. Plus exactement au président François Mitterrand à qui elle avait fini par adresser mon dossier que bloquait Charles Pasqua, alors ministre de l'Intérieur. Le gouvernement tunisien avait fait de mon cas une affaire d'Etat. Il ne fallait pas que l'OFPRA m'accorde ce statut car j'aurais été le premier réfugié politique non islamiste en France à l'obtenir. Ben Ali avouait sans complexe que ses opposants étaient tous exclusivement des islamistes. Mon cas était à bien des égards hautement significatif et c'est pour cette raison que l'administration française me le refusait arbitrairement. Ce n'est qu'en 1995 qu'on m'a finalement accordé ce statut à la suite des pressions de l’Élysée et de la seule responsable au sein du PS qui voulait bien m'aider, Pervenche Bérès, une grande dame elle aussi. Danièle Mitterrand a été la première personne à qui j'avais fait part de ma décision de rentrer en Tunisie en 2000. Dans une lettre que j'ai précieusement conservé, elle m'a écrit que le moment était peut-être venu pour que j'essaye de jouer un rôle de modéré et de réformateur au sein du régime, comme Mohamed Charfi au début de l'ère Ben Ali. J'ai revu Danièle Mitterrand en 2001 et 2002, ensuite la dernière fois en 2005.

 

Question7 :
J'ai lu votre livre "La face cachée de la révolution tunisienne" et j'ai 
suivi toutes vos dernières déclarations dans certains journaux tunisiens 
et français. Pourquoi vous ne parlez pratiquement jamais du rôle de 
l'armée dans la révolution tunisienne ?

 

Mezri Haddad : Nous nous sommes mis d'accord sur six questions en relation avec les photos de votre choix. Lorsque vous aurez ma photo avec le général Ammar, vous me poserez cette question. (Nous insistons et M. Mezri Haddad nous fait cette réponse):
Dans le livre que vous citez, j'ai révélé ce qui est "révélable" aujourd'hui et en mon âme et conscience. Le reste figurera peut-être dans mon prochain livre, dans peu de temps. Je vous remercie de votre visite, je compte sur vous pour ne pas déformer mes propos et je vous souhaite, ainsi qu'aux tunisiens de votre génération, le meilleurs avenir.

Cela ne dépendra que de vous !

 

Notre conclusion: C'est chez lui, dans la banlieue de Paris, que Mezri Haddad nous a reçu. Franchement, on s'attendait à rencontrer un homme aigri, un ex-ambassadeur orgueilleux et hautain, conformément à l'image qu'il a donné à la télévision française en janvier 2011. Nous avons découvert un homme très chaleureux, modeste, passionnément amoureux de la Tunisie et toujours déterminé à se battre pour une démocratie "moderne, sociale, réconciliée avec son histoire et surtout souveraine". Notre interview a duré un peu plus d'une heure mais nous avons passé avec lui toute l'après midi. Il nous a montré des photos encore plus surprenantes avec des personnalités tunisiennes connues et des célébrités intellectuelles et politiques étrangères. Il nous a parlé de philosophie, de religion et d'histoire. Nous avons été sincèrement impressionné par son savoir et sa grande culture. A une question que nous lui avons posé hors micro, il y a eu un moment de grande émotion pour lui et pour nous.

Nous lui avons alors demandé pourquoi l'image qu'il donne est si différente de sa vraie personnalité. En espérant qu'il nous excusera de la reproduire ici, il nous a répondu : "Parce que j'ai toujours été un homme solitaire, que je n'ai jamais eu de conseiller en communication ni d'appartenance à un parti, à une chapelle ou à une loge, que j'ai fait confiance à beaucoup de personnes qui m'ont poignardé. Parce que dans tout ce que j'ai entrepris depuis 25 ans, je n'avais pour guide que mes intuitions, mon amour de la Tunisie et ma passion pour la philosophie". Dans son bureau envahi de livres, nous avons été dérangé par le va et viens de chats. Il en a trois, une passion qui remonte à l'enfance, nous a t-il dit en nous raccompagnant.

Lire aussi : 

 Tunisie Exclusif Mezri Haddad parle de ses relations avec Rached Ghannouchi, Moncef Marzouki et Mustapha Ben Jaffar...

 

Partager cet article

Repost 0
Published by kaiser ben kaiser - dans Tunisie
commenter cet article

commentaires