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21 mai 2012 1 21 /05 /mai /2012 17:27

 Bruits de sabre et de chevaux au galop, chants guerriers, treillis militaires sur tenues afghanes: les salafistes tunisiens se sont invités dimanche à Kairouan (centre), quatrième ville sainte de l'islam, sous le regard de commerçants et de quelques touristes interloqués.

"Ce rassemblement nous donne espoir, la révolution a été faite pour que la charia soit appliquée", a lancé à la tribune Ridha Bel Haj, leader du parti non légalisé Hizb Ettahrir.

"Chaque musulman est un jihadiste, le jihad est une obligation", a lancé un autre orateur, un cheikh du nom de Mokhtar Jibali.

 

 

 

 

Venus en bus de plusieurs régions de Tunisie, quelques milliers de partisans d'Ansar al Charia, l'un des mouvements les plus radicaux de la mouvance salafiste en Tunisie, lancé en avril 2011, ont investi toute la journée la grande mosquée et la médina de la ville.

"Le deuxième congrès des partisans de la charia se tient cette année dans une ville qui a une très forte symbolique historique et religieuse, et réunit tous les frères qui ont pour objectif de faire appliquer la charia de Dieu dans notre pays", indiquait le magazine "La promesse", distribué à l'entrée.

Une gigantesque banderole à l'effigie du mouvement a été déroulée sur le minaret de la célèbre mosquée, la plus vieille d'Afrique, et des salafistes montés sur les murs d'enceinte agitaient au vent des drapeaux noirs de l'islam, sur fond de chants religieux et démonstration d'arts martiaux, pour un spectacle rôdé et destiné à impressionner.

Des consignes très strictes ont été distribuées aux participants: ne faire "aucune déclaration" aux journalistes, tolérés mais sous surveillance serrée des organisateurs, "rester calme", se comporter avec justice et mesure y compris avec les "mécréants", "ne pas crier de slogans".

Ce qui n'a pas empêché les slogans habituels de ce genre de manifestation: "Juifs, juifs, l'armée de Mahomet est de retour", ou encore: "nous sommes tous les enfants d'Oussama" (Ben Laden), scandés par des groupes rappelés à l'ordre par les organisateurs.

 

Le leader d'Ansar Al Charia, Seif Allah Ben Hassine, alias Abu Yiadh, un ancien jihadiste inscrit en 2002 sur une liste de l'Onu des personnes ou groupes liés à Al-Qaïda, amnistié après la chute de Ben Ali, devait également s'exprimer.

Quelques touristes interloqués se sont retrouvés spectateurs du rassemblement salafiste, et ont rapidement déserté la mosquée et la médina. La plupart des commerçants de leur côté restaient muets. A l'abri des oreilles des salafistes, certains s'énervaient toutefois: "ils nous ruinent notre commerce", marmonnait un marchand.

"C'est eux qui se sont invités, ce n'est pas Kairouan qui les a conviés", murmurait un autre.

Dans la courette de leur maison mitoyenne de la mosquée, un groupe de femmes s'exprimait plus librement. "Franchement, ma première réaction en les voyant a été la peur. Je ne sais pas si cela portera bonheur ou malheur à la Tunisie, mais je crains une deuxième révolution religieuse", a expliqué Ouided, une mère de famille entourée de ses enfants.

"Ce qu'ils racontent, c'est du blabla. Et l'Etat est bien trop tolérant avec ces gens là", a lancé une autre fille.

La mouvance salafiste se partage entre les piétistes, qui ne se mêlent pas de politique, les politiques et les jihadistes, pour qui la violence est légitime pour imposer la religion.

afp

 

  Apologie du djihad

Parmi les « VIP » installés à la tribune, on a pu constater la présence, en plus d’Abou Iyadh qui avait la part du lion des interventions, de Ridha Belhadj porte-parole de Hizb Ettahrir, Moncef Ouerghi, inventeur d’un sport de combat réputé proche des milieux terroristes, et du Cheikh Mokhtar Jebali.

Ce dernier a pris la parole pour faire l'apologie du djihad et souligner qu'il est « une obligation divine pour tout musulman », ce qui correspond mot pour mot à la rhétorique d’Al Qaïda.

Jebali est un cas typique de ces zitouniens qui flirtent avec le salafisme. Il est le fondateur d’une Fédération des associations islamiques tunisiennes, très active depuis quelques mois. Il est aussi l’instigateur de plusieurs manifestations à Tunis en faveur de la constitutionnalisation de la charia, qui à chaque fois virent au discours haineux et à la démonstration de force salafiste.

Un zitounien qui en virant salafiste est plus royaliste que le roi, Abou Iyadh demandant quant à lui de « prouver que sa mouvance est violente », se contentant pour l’instant de vagues menaces si les autorités « continuent dans leur logique de confrontation », comme à l’occasion de l’expulsion récemment de deux prédicateurs intégristes marocains à leur arrivée à l’aéroport Tunis-Carthage.   

Entre deux exaltations d’instincts bellicistes, anti américains et antisémites, on a rendu hommage aux ex prisonniers de Guantanamo également présents, ainsi qu’à ceux qui ont participé à la lutte armée islamiste contre le colonel Kadhafi dans la Libye voisine, tout en exhortant ouvertement des troupes quasiment en transe à la guerre sainte en Syrie.

 

Le spectre d’une guerre civile 

La réunion de Kairouan intervient sur fond de violences multiples mettant aux prises plusieurs localités du pays avec des militants salafistes de plus en plus déterminés à faire régner leur loi.

Dans les faubourgs de Tunis, à la cité défavorisée d’Ettadhamon, des batailles de rue nocturnes opposent des jeunes de quartiers voisins aux jeunes salafistes qui tentent notamment d’y mettre fin à la vente parallèle d’alcool. 

Même scénario à Sousse, à Sfax et à Sidi Bouzid où des salafistes qui rencontrent moins de résistance ont brûlé samedi de petits bars et des dépôts de boissons alcoolisées, déclenchant de violents affrontements avec des bandes rivales, parfois à l’arme blanche.

Quatrième ville sainte de l’islam, la petite ville tranquille de Kairouan était jusqu’ici relativement épargnée par le phénomène salafiste. Séculaire et d’obédience malékite, l’islam qui y prévalait était plutôt modéré, contrairement à celui des nouvellement convertis qui se sont autoproclamés policiers de la vertu au marché de la ville, peu après la révolution. 

Après l’institution de la Zitouna, le Kairouan épicentre islamique devient une cible d’appétits divers, théâtre d’une rivalité entre Ennahdha et le salafisme, Rached Ghannouchi ayant annoncé ce mois-ci son intention de « redorer le blason de la ville » en termes de prestige et d’aura dans le monde musulman.

Filière sous haute surveillance en Occident, le jihadisme ne semble pas être au centre des préoccupations du gouvernement Jebali qui craint d’appliquer une répression qui rappellerait l’ère Ben Ali, même dans une ville aussi touristique, à l’approche de la haute saison.

Regrouper des milliers de personnes dans la rue est un exploit que le plus grand parti d’opposition n’arrive pas à réaliser aujourd’hui. Réunir des dizaines de milliers personnes sous la bannière de la haine de l’autre et du djihad, c’est flirter avec les limites de la liberté d’expression. Laisser prospérer pareille mouvance, c’est pour l’actuel gouvernement conservateur hypothéquer l’avenir du pays et négliger la menace qu’il fait peser sur la sûreté nationale.

Seif Soudani courrier de l'atlas 

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Published by kaiser ben kaiser - dans Tunisie
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